Longo maï : notre économie repose sur le relationnel

À Longo maï, on gère autrement. Katharina Morawietz, depuis deux ans à Longo maï, interroge Hannes Reiser, coopérateur depuis le début. Il explique le fonctionnement de ce type d’économie et décrit son interaction avec la société.

Est-ce que Longo maï représente une alternative à la société du profit et de la croissance ?

Au fil des années, Longo maï a connu plusieurs approches intéressantes. Nous ne sommes pas une société lambda, mais un cas particulier – ceux qui nous rejoignent sont à la recherche d’autres modes de vie. Nous ne comptabilisons pas le travail effectué ou les biens, pas même l’échange ; chacun donne ce qu’il peut et prend ce dont il a besoin. Ça s’apparente à l’économie précapitaliste davantage basée sur les rapports humains que sur la valeur monétaire. Depuis le XIXᵉ siècle, de nombreux utopistes se sont penchés sur les questions du rapport au «progrès» technique et du déracinement de l’humanité. Il existe par contre peu d’expériences concrètes ayant duré aussi longtemps que Longo maï. Il est aujourd’hui d’autant plus important de mettre d’autres idées en pratique que la macro-économie bat de l’aile. On est loin d’être sortis de la crise économique de 2008. La précarisation sur le marché du travail, la concurrence pour les ressources qui fait mourir de faim des êtres humains et génère des guerres, la pollution de l’eau, de l’air et des sols et la disparition de la diversité végétale et animale sont des problématiques très souvent refoulées. Et des choses aussi fondamentales que l’utilisation des «communaux» sont oubliées. À Longo maï, par contre, les terres, les maisons et les ressources vitales sont propriétés collectives. À part cela, nous préservons des connaissances menacées de disparition, comme par exemple l’art de vivre ensemble dans un groupe, pour mieux les développer. Ceci peut être très important pour une société post-capitaliste.

Gérer un budget de dix coopératives comprenant environ 200 habitants n’est pas une mince affaire. Comment parvenez-vous à ce que la responsabilité soit portée collectivement ?

Longo maï paraît, à première vue une grosse structure, mais en fait elle est organisée de telle manière que chacun a voix au chapitre. Les personnes d’une même ferme s’organisent entre elles et assument la responsabilité de leur vie commune. Les dépenses mensuelles et les budgets d’investissements annuels sont discutés avec tout le monde, lors de réunions régulières consacrées à ce thème. On y délibère des entrées et des sorties de la caisse commune, puis quelques personnes se chargeront de l’application des décisions.

Quel est le rapport de l’individu à la caisse commune ?

Au niveau de la structure économique, c’est la transparence. Chacun est au courant de ce que l’autre reçoit. Il en découle une sorte de «contrôle» social, comparable à celui qui existe dans une famille. On se parle et on se voit tous les jours. Par ailleurs, les besoins pécuniaires de chaque individu sont étonnamment faibles grâce aux infrastructures collectives et à la vie en commun au sein de laquelle le phénomène de «frust-shopping» (consommation compensatoire) est pratiquement inexistant.

D’où viennent donc les entrées d’argent ?

Le budget d’une ferme est alimenté par trois sources : les recettes provenant de la vente des produits et des locations, les subventions et enfin les dons qui sont affectés au travail politique, à l’accueil des visiteurs, à l’agriculture en milieu difficile, à la mise en place d’infrastructures locales, etc. Les habitants des différentes fermes gèrent ensemble cet argent, collecté essentiellement en Suisse. Ils planifient l’année et présentent leurs projets aux délégués des autres coopératives réunis pour la rencontre inter-coopérative qui se tient deux fois par an. On y discute de thèmes politiques, mais aussi des gros investissements pouvant toucher les budgets des autres fermes, comme par exemple, lorsque l’on doit construire une maison ou bien lorsqu’il est question de soutenir de nouveaux groupes au démarrage de leur projet.

Cette façon de fonctionner nécessite probablement beaucoup de discussions ?

Évidemment. L’autogestion est basée sur l’échange et la communication, deux domaines abandonnés, dans la société, aux secteurs de l’administration et de la finance. Le nombre de gens qui travaillent dans le secteur tertiaire est gigantesque, comparé à celui des travailleurs du primaire et du secondaire. De plus, ça coûte cher et c’est aliénant. Regardez tous ces énormes bâtiments administratifs à Bâle. Chez nous, les discussions ont lieu le soir, à l’heure à laquelle d’autres regardent la télévision. C’est dans un cadre convivial que naissent les meilleures idées.

Existe-t-il quelque part une version écrite de cette structure, somme toute complexe ?

Non, tout ça s’est élaboré ces derniers 40 ans et nous n’avons rien fixé sur le papier ; il s’agit d’un accord verbal. Je pense que si Longo maï existe encore, c’est dû en partie à notre culture du dialogue. Longo maï a une taille qui permet une bonne vue d’ensemble : on se connaît tous, et chacun est concrètement impliqué dans un groupe de Longo maï. Cela nous confère une certaine confiance de base.

Quelle est la position de Longo maï par rapport à l’économie de marché ?

La base de toutes les fermes est de tendre vers la plus large autosuffisance possible et de procurer un logement à tous les habitants des fermes. C’est organisé selon les besoins et relativement exigeant. Évidemment, ça va à l’encontre de l’extrême dépendance prévalant dans le contexte de la mondialisation et signifie aussi plus de travail. Mais les gens qui nous ont rejoints, ces dernières années, trouvent ce domaine très attractif et s’y engagent avec beaucoup d’énergie.

C’est à rapprocher du fait que Longo maï fabrique lui-même de nombreux produits de A à Z et supprime les intermédiaires ?

C’est effectivement ce que nous développons depuis longtemps, et nous n’avons pas encore utilisé tout notre potentiel. Prenons comme exemple la laine : nous avons des moutons dans presque toutes nos fermes, nous les tondons et en transformons la laine en pull-overs, en couvertures, en chaussettes, etc. Nous pouvons ainsi commercialiser le produit fini à un prix correct au lieu de brader la laine brute. C’est en adéquation avec notre économie collective. D’ordinaire en agriculture traditionnelle, on a affaire à de petites entités rigides. À l’inverse, que ce soit au jardin, à la filature ou dans la forêt, nous sommes en mesure de constituer de grandes équipes ou bien de revenir à de plus petites, selon les besoins. On travaille main dans la main et à la fi n tout va dans le pot commun. En choisissant ce type d’agriculture, nous créons des structures qui peuvent aussi servir à d’autres producteurs. C’est le cas, par exemple, de la conserverie du Mas de Granier dont les infrastructures sont utilisées par d’autres petits producteurs désireux de transformer leurs fruits et légumes. La nouvelle salle d’abattage d’Ulenkrug, mise à la disposition de petits paysans de la région, en est un autre exemple.

Quelle place tiennent les dons dans le système économique de Longo maï ?

Ils nous permettent beaucoup de projets qui seraient impossibles à réaliser dans une économie autarcique. Je pense que tant que nous nous investirons dans la réalisation d’alternatives à la société de la croissance, il est important de chercher du soutien pour cela.

Est-ce que Longo maï pourrait exister sans dons ?

Naturellement, la coopérative Longo maï pourrait survivre sans dons. Si nous nous concentrions sur nous-mêmes, en une sorte de communauté en fi n de course, repliée sur elle-même. Mais Longo maï est un mouvement qui travaille à un changement de société. Les dons nous aident à rester dans l’action. En outre, les personnes qui nous soutiennent font partie de l’en-semble du projet et ne sont pas tenues à l’écart. Elles amènent des idées à Longo maï et nous apportons des idées concrètes dans la société. Ainsi, nous travaillons à la revitalisation de régions périphériques, marquées par un développement touristique dominant. Ou bien, nous développons des façons de travailler qui font sens pour les jeunes qui n’ont pas ou ne veulent pas de place dans cette société. Les dons rendent aussi possible notre travail politique, au moyen duquel nous sommes en dialogue avec le reste de la société. Un exemple : si nous sommes menacés par un champ OGM, nous pouvons aller le faucher, mais ouvertement, en thématisant le problème, en essayant d’y associer des amis, d’inviter le prêtre du village et d’en informer les médias. À la fin, nous récoltons de l’argent pour le procès que nous tentons de gagner. Nous pouvons faire des actions fortes, transmissibles, et mobilisatrices – Longo maï est une œuvre globale qui rassemble de nombreuses opinions politiques et bouge quelque chose en les fédérant.

Personne ne reçoit de salaire à Longo maï, une somme d’argent à gérer soi-même. Les rentrées sont mises en commun. Qu’est-ce qui motive les gens à travailler si ce n’est l’argent ?

C’est vrai et ce depuis le début ; il n’est pas question non plus d’attribuer de l’argent en guise d’incitation ou de récompense pour une tâche particulière. Le travail salarié est de toute façon une trouvaille récente. Aujourd’hui, le travail salarié est généralisé, alors qu’autrefois, c’était une exception, comme par exemple la solde des mercenaires. Pour beaucoup de gens le travail lui-même n’a plus beaucoup de sens. Nous sommes volontairement à l’opposé de l’anonymisation du travail et faisons, depuis 40 ans, l’expérience que chez nous les gens ont de bonnes idées, accomplissent des choses qui sortent de l’ordinaire et s’investissent avec beaucoup d’énergie dans le collectif. À Longo maï, la sécurité de l’existence économique n’est pas dépendante de la performance, avec comme corollaire la prise de conscience que nous devons nous procurer nos moyens de subsistance ensemble. À part cela, le travail en groupe est souvent drôle et diversifié. Il faut rajouter que Longo maï est composé de gens qui veulent changer le monde. Mus par la conviction qu’ils construisent une alternative, ils s’en donnent la peine. Chez nous, il existe une vraie relation au travail. Il ne disparaît pas dans la «boîte noire» de la société ; quand quelqu’un repique une plante, il la soigne, la récolte, la transforme et apprécie de la voir mangée par des personnes qu’il estime. C’est le contraire d’un travail aliéné.

Cette interview est extraite du catalogue de l’exposition «L’utopie des indociles – 40 ans Longo maï».

Cet article a été publié initialement dans les Nouvelles de Longo maï n° 113

 

 

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